Elégie pour la DP3

Sans fleurs ni couronnes.

Le silence.

Peu a été écrit, peu a été dit par nos syndicats et par les autres acteurs du monde de l’éducation sur la disparition programmée, avec la Réforme du Collège, de l’option Découverte Professionelle 3h. Aucune interview, aucune tribune dans la presse. (1)

Une simple recherche google en utilisant les termes clefs « Disparition latin grec » et « Disparition DP3 » donnera une idée simple du gouffre séparant l’attention portée aux deux phénomènes. 281000 résultats pour la première recherche, 12500 pour la seconde, la plupart des liens renvoyant en fait à une présentation de l’option par des sites d’établissement.

Il est vrai qu’aucun intellectuel médiatique, qu’aucun politique de premier plan, qu’aucun journaliste n’est passé par cette option et qu’il est plus que probable qu’aucun n’y aurait inscrit ses enfants. Et c’est même leur faire honneur que de penser qu’ils puissent la connaître (2).

Il est vrai que nous, enseignants de DP3, ne nous sommes pas regroupés en association pour défendre notre travail et notre engagement.

« Pas de couronnes » disais-je, alors laissez moi faire l’éloge funèbre.

J’ai enseigné la Découverte Professionnelle pendant 6 ans.

Six ans à travailler, rire et apprendre.

Découvrir une matière, un sujet, une question en même temps que les élèves. Avoir ce plaisir de l’ignorance et de la découverte mtuelle.

Regarder les yeux de nos élèves quand un professionnel du bâtiment leur parle de ses chantiers en Chine, Japon, Corée.

Entendre une jeune fille réaliser que « s’occuper de ses frères et soeurs après l’école » c’est un vrai savoir, une vraie richesse pour son stage en crèche.

Emmener des élèves dans des salons professionnels, les voir d’abord timides, prendre confiance, poser des questions, découvrir des entreprises et des métiers.

Des élèves plus sûrs, plus adultes…

Je ne suis pas un opposant à la Réforme mise en place pour la rentrée 2016 et j’essaye d’en comprendre la logique même si je ne la partage pas toujours.

Mais la disparition de la DP3, que ne remplace ni la thématique d’EPI « Monde économique et professionnel » ni le Parcours Avenir, est un mauvais coup porté à tous ceux qui rêvent d’un autre collège et d’une autre école.

La DP3 formait de futurs citoyens, la DP3 formait les élèves à l’utilisation des outils numériques, la DP3 développait l’autonomie et la capacité critique des élèves. Enfin, elle le faisait en mélangeant véritablement le niveau des élèves, en accueillant aussi bien celui qui allait s’orienter vers une voie professionnelle que le futur ingénieur.

Tout cela a donc disparu.

Disparu, vraiment?

Pourtant, je sais que tous les enseignants, que de nombreux élèves, garderont, au coeur, l’intime,le personnel de ce qu’ils auront appris, trois heures par semaine.

(1) Quelques syndicats, localement, ont relayé l’information auprès des parents.

(2) Relisez l’ensemble des interventions faites par M. Debray, Onfray et consorts, aucun d’entre eux, pourtant virulents comme s’ils maîtrisaient leur sujet, ne mentionne l’option DP3.

Retour à Alésia

ou Réponse aux commentaires sur l’article Archéologie de la pensée ferrandienne

Allégorie: l'auteur lisant les commentaires de son article

Allégorie: l’auteur lisant les commentaires de son article

Mon article précédent sur la préface de F. Ferrand à l’ouvrage consacré par Danielle Porte et de nombreux spécialistes à la localisation du site d’Alésia (1) a suscité de nombreux commentaires auxquels je me dois, au moins par courtoisie envers ceux qui ont écrit, de répondre.

1/ Commençons par un mea culpa. De nombreux commentaires ont relevé que les fautes d’orthographe étaient bien trop nombreuses. Ils avaient entièrement raison et j’ai essayé de les corriger.

2/ Dans le même ordre d’idée, les mots employés pour qualifier le travail de M. Berthier sont inutilement péremptoires. Parler de « légèreté » ou de biais méthodologique « effarant » était une erreur. Le travail entamé par M. Berthier, Mme Porte et par les auteurs du livre (s’il peut me sembler discutable par ailleurs, dans sa méthodologie comme ses conclusions) mérite d’être traité avec plus de respect que je n’en ai montré.

3/ Je ne reviendrai pas sur la controverse scientifique. Les arguments de ceux qui contestent la localisation du la bataille à Alise Sainte Reine sont très largement exposés dans les commentaires. Les arguments et articles de ceux qui y sont favorables peuvent se trouver facilement (en voila un http://rae.revues.org/6500 sur l’hydrologie à Alésia). Il me semble que ces arguments sont plus justes.

4/ Accuser les archéologues de croire dans l’hypothèse Alise Sainte-Reine par simple habitude ou mandarinage est à mon avis une erreur manifeste. Si je veux bien croire qu’une partie des archéologues puisse penser « plan de carrière », il me paraît difficile de croire que des archéologues allemands perdent leur temps à interevenir dans un débat essentiellement français pour soutenir des thèses qui relèveraient d’une « supercherie » évidente.

5/ Et c’est sur ce dernier point que je maintiens mon article. Le ton imprécateur employé par M. Ferrand, et par certains de mes commentateurs, l’idée que les « alisiens » maintiendraient sciemment une supercherie (destinée à on ne sait quel but) est insupportable surtout qu’il le fait sans apporter aucune preuve de cette malhonnêteté. Qu’il défende l’idée d’un site d’Alésia présent dans le Jura est tout à fait louable. Dans ce cas, qu’il publie des articles dans des revues à comité de lecture, qu’il finance ou défende médiatiquement les recherches des jeunes archéologues qui viendraient à vouloir démontrer cette thèse. Mais qu’il se répande en éditoriaux larmoyants en criant au complot relève d’un délire conspirationniste et d’un histrionisme médiatique fatigant.

David Trotin

(1) https://uneeducationfrancaise.wordpress.com/2014/06/04/archeologie-de-la-pensee-ferrandienne-ou-pourquoi-alesia-ne-merite-pas-franck-ferrand/

Archéologie de la pensée ferrandienne (ou pourquoi Alésia ne mérite pas Franck Ferrand)

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Allégorie: Franck Ferrand cherchant Alésia

Avant d’arriver au coeur de cet article, évacuons d’abord un premier problème: il n’y a pas de polémique scientifique sur la localisation du site d’Alésa mais uniquement un moutonnement médiatique entre un journaliste peu scrupuleux, des universitaires et ingénieurs égarés d’un côté et, de l’autre, la totalité de la communauté des historiens et des archéologues. La théorie d’un Alésia jurassien n’est soutenue par aucun chercheur sérieux, par aucune publication scientifique, et les résultats des fouilles du site d’Alise ainsi que leurs interprétations ne soulèvent aucun doute sérieux (1) (2).

Reste que l’écho médiatique rencontré par les tribunes de F. Ferrand publiées à l’occasion de la sortie d’un ouvrage de Danielle Porte sur Alésia (3) ne peut manquer d’inquiéter tous ceux qui sont attachés à une approche un minimum sérieuse et rationnelle de l’histoire. Examinons donc les pièces du dossier.

1/ Que dit Franck Ferrand (et pourquoi est-ce manifestement un tissu d’âneries)

Le mythe d’un Alésia Jurassien (à Chaux-des-Crotenay) s’appuie essentiellement sur les découvertes d’un archéologue André Berthier qui, armé d’une méthode fantaisiste dont nous reparlerons plus loin, reçut l’autorisation d’entreprendre 4 campagnes de fouilles dans les années 60. Elles furent un échec puisque aucune d’entre elles ne fit l’objet de la moindre recension scientifique.La plupart des archéologues qui ont eu par la suite à se pencher sur les « découvertes » de Berthier et de ses continuateurs n’y ont vu que des demi-découvertes, rien en tout cas qui permettent de conclure à la présence d’un site de bataille important (4).

Mais peu importe pour Ferrand, Le choix d’Alise vient d’une manipulation puisque c’est « par la grâce d’un décret de Napoléon III » (5) qu’Alésia a été située en Bourgogne. Si le choix de célébrer Alésia a certes une portée idéologique évidente, sur laquelle il n’est pas utile de revenir ici, Napoléon III n’a fait que suivre une tradition historiographique relativement ancienne (dont les traces les plus anciennes remontent au 9ème siècle). Son choix s’appuie sur la réalité des découvertes archéologiques d’Eugène Stoffel dans les années 1860. Découvertes qui, republiées dans les années 1950, furent reconnues comme sérieuses par l’ensemble de la communauté scientifique (6). Et, quand bien même il y aurait fait du prince, il faudrait avoir mauvais esprit pour croire que des historiens et des archéologues du début du 21ème siècle se soumettraient encore à un décret de Napoléon III…

Plus grave, l’article de Ferrand laisse entendre que les archéologues et les historiens qui situent Alésia à Alise le feraient pour ne pas mettre en péril l’opération du MuséoParc Alésia. Outre l’injure scandaleuse faite à l’éthique de chercheurs et de scientifiques, injure ne reposant sur aucun soupçon sérieux, il est bon de rappeler à M. Ferrand que ce Muséoparc fait suite aux découvertes archéologiques et ne les précède pas…

2/ Pourquoi une telle campagne?

Il y a d’abord chez Franck Ferrand le goût d’une histoire conspirationniste, pleine de vérités cachées, qu’il s’agirait de dévoiler en enlevant cette histoire de la main des universitaires et des spécialistes, porteurs d’une vérité officielle douteuse parce que forcément manipulée (sans que l’intérêt de cette manipulation ne soit toujours très claire…). Un grand nombre des émissions des premières saisons de L’ombre d’un doute faisait ainsi la part belle à des pseudo-enquêtes censées nous révéler des vérités cachées (7). On peut également rappeler son ouvrage L’histoire interdite publié en 2008, d’une faiblesse méthodologique insigne, attribuant par exemple à Corneille les pièces de Molière. C’est un choix mercantile: la position de l’outsider, du rebelle anticonformiste affrontant des mandarins assoupis et stipendiés, est évidemment la plus vendeuse, la démarche de Ferrand tenant plus du journalisme à scandale que de l’investigation scientifique.

Mais il y a aussi un biais méthodologique effarant: la révérence pour le texte. Comme pour Berthier, comme pour Danielle Porte (8) dont il préface l’ouvrage, Franck Ferrand ne s’intéresse pas aux réalités archéologiques….Non, ce qui disqualifie Alise et permet de croire dans d’improbables fouilles, c’est qu’Alise ne correspond pas exactement à la description de César dans La guerre des Gaules…Berthier avait donc trouvé son site du Jura en comparant la description de César et …des cartes d’Etat major. Une telle légéreté, inconcevable en soi, ne tenant aucun compte des réalités archéologiques, est une aberration méthodologique. Mais peu importe pour Franck Ferrand: sa méthode historique date de plus d’un siècle, le texte d’abord, le texte seulement, et peu importe le réel, cet éternel empêcheur de réver tout haut.

David Trotin

P.S: ma réponse aux commentaires

https://uneeducationfrancaise.wordpress.com/2014/12/16/retour-a-alesia/

(1) Que l’on se réfère au recueil suivant,  M. Reddé, S. von Schnurbein dir., Alésia et la bataille du Teutoburg. Un parallèle critique des sources. Institut historique allemand, 2008

(2) La science progresse évidemment grâce au doute mais il est impossible de revenir sans cesse sur des vérités établies. Ce qui est vrai en science « dure » (on ne demande pas aux astrophysiciens de calculer l’orbite terrestre quotidiennement) doit également être vrai dans les sciences humaines et sociales.

(3) (deux fois plus de commentaires pour son article de Figarovox, la plupart totalement admiratifs, que pour la réponse publiée par le même site signée par trois historiens dont le sérieux est internationalement reconnu)

L’article de F. Ferrand

http://www.lefigaro.fr/vox/histoire/2014/05/19/31005-20140519ARTFIG00068-site-d-alesia-admettons-la-verite.php

La réponse des trois historiens spécialistes d’Alésia

http://www.lefigaro.fr/vox/histoire/2014/05/27/31005-20140527ARTFIG00100-non-franck-ferrand-le-site-d-alesia-n-est-pas-une-supercherie.php

Le livre à l’origine des articles se nomme

Alésia, la supercherie dévoilée, Danielle Porte, éd.Pygmalion, 2014

(4) Pour n’en citer qu’une Marie-Pierre Rothé, Carte archéologique de la Gaule 39 : le Jura, CNRS, Paris, 2001

(5) article de Franck Ferrand dans Figarovox, lien ci-dessus (3)

(6) J. Harmand, « Les travaux de la Commission de la topographie des Gaules autour d’Alésia et l’album inédit conservé au Musée des Antiquités nationales », CRAI, 1960

(7) La liste des épisodes de la première saison, dont au moins le tiers des épisodes ont des titres promettant des révélations ou des secrets http://fr.wikipedia.org/wiki/L’Ombre_d’un_doute_(%C3%A9mission_de_t%C3%A9l%C3%A9vision)#2011-2012

(8) dont il nous paraît utile de rappeler qu’elle n’a aucune qualification  d’archéologue mais qu’elle est maître de conférence en civilisation romaine.